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30/09/2014

"Wilde zeiten in Manhattan…" par Rolf Fath - operalounge.de



Création mondiale de l'opéra de Régis Campo "Quai Ouest" à Strasbourg


Un moment sauvage à Manhattan...

Autrefois dans le vieux port à l'ouest de Manhattan, Bernard-Marie Koltès attiré par la charme et l'agitation du lieu se cachait parmi les entrepôts de quais désaffectés et abandonnés avec les SDF, des criminels, des prostituées et des homosexuels, alors que la police n'a jamais pu les chasser, et où apparemment, "de temps en temps un cadavre est jeté dans l'eau". 
Dans sa pièce Quai Ouest (Quai West) créée en 1985, "l'ordre établi n'existe pas". Venant de Metz, Koltès est contaminé par le théâtre à Strasbourg et s'installe en 1977 dès le succès de "La Nuit avant les forêts" mis en scène par Peter Stein et Chéreau, l'artiste le plus souvent cité en France. En 1989 il meurt du sida. 
A l'Opéra national du Rhin, la saison commence traditionnellement avec une création mondiale: celle de Quai Ouest le 27 septembre 2014. Et il semble que les arias de conversation de Koltès ont toujours appartenu à la scène lyrique. 
Car si ses pièces se montrent comme un mélange de sexe et de cruauté comme le successeur de Genet, avec des relations difficiles, des situations cauchemardesques, sa langue rend hommage aux héros de Racine et de Corneille vers le caniveau.

A 46 ans et né à Marseille, Régis Campo s'est mis à l'oeuvre avec toute la précaution imaginable : dans les récitatifs, les duos et les scènes d'ensemble chaque mot est compris, la musique coule de manière élégante et rythmiquement souple en suivant l'exigence d'un Debussy dans ce que la musique française signifie de "clarté, de simplicité et de déclamation facile". 
L'homme d'affaire Maurice Koch, qui est peut être amené par sa secrétaire Monique, cherche sa mort. Il est confronté à des gangsters et des marginaux, comme Charles, sa sœur Claire et ses parents Cécile et Rodolfo, lesquels pourraient également être des résidents d'Allemonde de Pelléas et Mélisande dont le trio de trois femmes le rappelle par sa texture flottante

Mais la musique montre au bout des 90 minutes et des 30 scènes, des longueurs ... Mireille Delunsch, dans le rôle de Monique rappelle un peu Blanche DuBois dans un autre registre, Marie-Ange Todorovitch prouve ses talents multiples dans les chants indiens de Cécile, Hendrickje Van Kerckhove dans le rôle de Claire violée chante courageusement ses notes de colorature. Parmi les hommes relativement anonymes, Paul Gay (Koch), Julien Behr (un gangster Charles), Christophe Fel (Rodolfo) - se distingue le contre-ténor Fabrice di Falco, qui est le brutal africain Fak. L'Orchestre de Mulhouse et Marcus Bosch de la co-production avec le Staatstheater Nürnberg interprètent cette nouvelle oeuvre avec une sensualité de son évident.

Le quai désaffecté - ce lieu artificiel imaginé par Koltès tel un village à la frontière entre la vie et la mort - est par le metteur en scène Kristian Frédric (avec Florence Doublet qui ont écrit le livret) et le scénographe Bruno Lavenère 
un labyrinthe d'échelle de secours, de halls d'usine, de sombres coins et de cachettes, et qui révèle à plusieurs reprises des endroits séduisants dans l'obscurité de la scène. 
Beau et voluptueux comme la musique. Lapidaire et sans faux sentiments.

Rolf Fath

http://operalounge.de/features/musikszene-festivals/wilde-zeiten-in-manhattan

"Ein Ort ohne Hoffnung und Träume" par Jürgen Hagerer - Baden online - www.bo.de - posté le 30 septembre 2014


Nachrichten der Ortenau - Offenburger Tageblatt


Un endroit sans espoir et sans rêves


Musica: opéra "Quai Ouest" dans le Opéra du Rhin de Strasbourg - acteurs et musique convainquent.
Niché au Festival Musica de Strasbourg L'opéra du Rhin ouvre sa saison par la création mondiale de l'opéra "Quai Ouest". 

Le livret sombre est basé sur une pièce de Bernard-Marie Koltès, la musique est écrite par le jeune compositeur français Régis Campo.

Projet de grande envergure : des silhouettes, un entrepôt délabré sur un quai désaffecté, un ciel de théâtre. 
Dans la pénombre d'un éclairage tamisé, les façades désolées se déplacent comme par magie. Cette ouverture qui offre une vue vers le néant. Puis la structure du décor menace les spectateurs de l'Opéra national du Rhin.
C'est un endroit irréel, un no man 's land, où les rats et les cafards ont pris racine, une poignée de gens qui semblent avoir oublié leur destin. Maurice, un homme d'affaires qui a joué avec l'argent des autres, repars dans la vie. Son apparition, accompagné de sa secrétaire Monique perturbe le calme apparent d'un endroit sans espoir et sans rêves. Un tourbillon dramatique qui ne peut que conduire à la mort de tous.
"Quai Ouest"  de Bernard-Marie Koltès créé à Nanterre en 1985, retrace l'essence d'une poignée de personnages qui en ont fini avec leur vie et encore marchande joyeusement entre eux sans pour autant en réaliser un bénéfice. 

Puissant et de plomb

Maurice trouve la mort, Monique découvre les bas-fonds  du ce monde. Charles est à la recherche d'un moyen d'en sortir, qui n'existe pas, sa sœur Cécile veut préserver son innocence, mais ensuite a été vendu à Fak, qui la prend et la jette ensuite. Rodolfe, le père de Charles, a une vie terminée après la guerre, sa femme Cécile a jeté sa vie comme une prostituée. Seule le noir Abad semble avoir trouvé une paix en lui-même. Il est l'acteur de cet endroit inhospitalier mais il ne parle pas un mot. 
Koltès a été adapté de manière fidèle par  le jeune compositeur Régis Campo pour son premier grand opéra. 
Le compositeur de cette création a proposé à Kristian Frédric de travailler avec Florence Doublet le livret de l'opéra. 


Tous les trois ont travaillé ensemble depuis le début, les images et la musique ont été créés en parallèle. Le travail de mise en scène est puissant et semble de plomb, la co-production de l'Opéra du Rhin et de l'Opéra de Nuremberg s'appuie sur un ensemble superbement installé.

Le monde sur scène est menaçant, étranger et étrange. L'interprétation est impressionne par la qualité musicale et théâtrale, elle touche le public, dans certaines scènes où les personnages semblent s'épanouir de l'intérieur. A la fin de la représentation, une moisson de longs applaudissements pour les chanteurs qui ont convaincus  mais surtout pour la musique de Régis Campo.

Né à Marseille en 1968, le compositeur a un paysage sonore plein de vigueur et de vitalité flirtant avec les aspects de la musique minimaliste. Il mêle des figures rythmiques, amplifie le son de l'orchestre par des synthétiseurs et une guitare électrique, crée une tempête émotionnelle.


Jürgen Haberer


http://www.bo.de/kultur/kultur/ein-ort-ohne-hoffnung-und-traeume
posté le 30 septembre 2014

Rencontre avec le lycée Adrien Zeller (Bouxwiller) - 30 septembre 2014 - lycee-zeller-bouxwiller.fr

Rencontre avec le lycée Adrien Zeller de Bouxwiller 
(30 septembre 2014 à l'Opéra National du Rhin)

Le compte rendu de l'interview


Nous étions un peu anxieux à l'idée de rencontrer un homme qui n'avait pas forcément l'habitude de parler à des étudiants, mais à notre plus grande surprise, Régis Campo parlait avec nous comme s’il nous connaissait, ou comme si, en tout cas, il avait déjà eu à faire à des étudiants. C'est avec humour et légèreté qu'il nous a raconté plusieurs anecdotes à propos de sa composition ou encore de son métier.Il a par exemple évoqué la blessure d’un des chanteurs qui devra se faire opérer des ligaments après le spectacle et qui chante tout en souffrant de sa blessure. Il a parlé du rôle qui était pensé pour un passeur d’âme et de la place que devait d’abord occuper un chien dans cette pièce. Enfin, c’est avec tendresse qu’il a commenté la prestation d’une chanteuse enceinte de quelques mois et pour laquelle il craint toujours quand elle court dans les escaliers comme le prévoit son personnage. Nous avons alors compris que le métier comporte des difficultés et que les acteurs chanteurs, en grands professionnels, ne laissent rien paraître lors de leur prestation.Régis Campo était accessible et réellement amusant, avenant ! 

C'était un beau cadeau que nous a fait Monsieur Campo en acceptant de nous rencontrer.




Voilà un petit aperçu de notre entretien avec Monsieur Campo :

Élèves de 1ere L : Comment se passe votre travail de composition au quotidien ?

Régis Campo : Je suis toujours en veille, ce qui veut dire, qu'importe le lieu où je me trouve

(le métro, la rue,...) j’entends toujours des sons et je peux m'inspirer de n'importe quoi.
Mais compositeur n'est pas réellement un métier pour beaucoup. J'enseigne la composition à des étudiants du Conservatoire. Mais indépendamment de cela, j'ai la chance de vivre
de la composition, une profession que j'exerce comme une passion.

E.1L : Combien de temps avez-vous passé sur la composition de Quai Ouest ?

R.C : En ce qui concerne cet Opéra, j'ai pris deux ans et demi en sachant que pendant environ un an j'ai cherché l'inspiration qu'il me fallait pour créer cette œuvre. Pour chaque chant, il fallait coordonner et retravailler la musique pour que chaque mot sonne bien en paroles chantées. Il faut aussi savoir qu'il m'arrive très souvent de changer d'avis juste avant les répétitions et même pendant ces dernières.


E.1L : Comment s'est passé votre collaboration avec le metteur en scène ?

R.C: C'était un peu compliqué au début, Kristian (Frédric) le metteur en scène ne comprenait pas forcément mes choix car nous ne venons pas du même univers. Pour Kristan Frédric, c’était le premier opéra. Nous avons dû beaucoup échanger pour cet opéra. Le métier est parfois fait de compromis, mais à d’autres moments il faut tenir bon pour que son œuvre soit comme vous l’avez voulue. Le compositeur est important, mais sans metteur en scène je ne peux rien faire, nous sommes donc dépendant l'un de l'autre et travaillons dans l’intérêt de l’œuvre que nous voulons créer. Ici, c’est une création internationale. L’opéra sera ensuite joué à Nuremberg.


E.1L : Concernant votre séjour à la villa Médicis, que pouvez-vous nous en dire ?

R.C : Pour y rentrer, il fallait tout d'abord avoir maximum 35 ans, ensuite il fallait présenter un dossier comportant nos œuvres, et donc il fallait travailler au préalable sinon on ne pouvait pas y entrer car une sélection était faite, et 2-3 personnes étaient choisies. Là-bas j'ai pu composer librement, nous étions totalement autonomes, quelques conférences étaient organisées, et nous pouvions aussi nous promener dans la ville de Rome. D’ailleurs, je suis plusieurs fois allé à la Chapelle Sixtine.


Puis, Régis Campo nous raconte encore une anecdote amusante vécue chez un coiffeur romain.
Avant de nous séparer, il nous encourage à bien applaudir, comme s’il avait déjà le trac pour la représentation du soir....

Pour la 1ère L, Laura et Chloé.


http://lycee-zeller-bouxwiller.fr/wp-content/uploads/2014-2015/interview-regis-campo.pdf


https://twitter.com/Operadurhin/status/516971228318691328/photo/1









29/09/2014

Nachts am Hafenbecken par Benoît Walther - http://www.takte-online.de




La nuit sur le quai. L'opéra "Quai Ouest" de Régis Campo

Il fait nuit au quai de New York. Qui suit qui? Qui est qui? L'opéra "Quai Ouest" de Régis Campo sur la pièce de Bernard-Marie Koltès propose du théâtre musical passionnant. 
Après la première à Strasbourg suit la première allemande à Nuremberg.
Ce n'est pas la première fois que Régis Campo écrit un opéra, et non pas l'adaptation d'un texte d'apparence sinistre. Né à Marseille en 1968, le compositeur écrit déjà en 2000 avec Orfeo un opéra "absurde" la première fois sur une scène d'opéra. Depuis, il a maintes fois écrit pour la voix : Happy Birthday et Le Bestiaire pour Dame Felicity Lott, Music to hear, Les Cris de Marseille, etc. Surtout en 2008, à tout juste quarante ans, Les Quatre jumelles d'après Copi un opéra de chambre qui remporta beaucoup de succès avec une écriture vocale enivrante, folle, flottante contrapuntique. Et ce succès l'amena au travail d'un grand opéra.

Bernard-Marie Koltès est l'un des auteurs français les plus respectés de la seconde moitié du 20e siècle, et cela aussi en Allemagne, où ses œuvres sont devenues populaires dans la traduction par Simon Werle. Né à Metz en 1948, Koltès a commencé à écrire en 1970  pour le théâtre. 
Il y a notamment de ses œuvres Le Retour au Désert (1988), Les Amertumes (1970) et Roberto Zucco (1988). Quai Ouest fut crée en 1985 au Publiks Amsterdam théâtre. La première représentation a eu lieu en France en avril 1986, au Théâtre des Amandiers de Nanterre dans une mise en scène de Patrice Chéreau. La scène est une friche industrielle à New York avec un hangar fermé et abandonné, qui a été démoli en 1984 par décision du maire de New York.

De quoi s'agit-il ? Un honnête homme a détourné de l'argent. Il est alors dans la nuit avec sa secrétaire dans le port afin de se suicider. Le port sur ​​le bord d'une ville et coupé du monde. Et voilà que toute une société se rencontre: La vieille Cécile, qui se considère comme le seul être civilisé dans ce désert, un jeune homme Fak, qui est ami avec Claire, la fille de Cécile, un sans domicile fixe, parfois appelé Abad. Séparé du monde un jeu commence dans le port : Qui suit qui? Qui est qui?

 Il existe de l'opéra Quai Ouest deux versions, l'une en français et l'autre en allemand, une collaboration germano-française établie entre l'Opéra National du Rhin de Strasbourg et le Staatstheater de Nuremberg. Trois personnes ont contribué à la création du livret : La version française est de Kristian Frédric, le metteur en scène, et de Florence Doublet; Sittig Carolyn a écrit le texte allemand d'après la traduction de Simon Werle. Non seulement l'opéra est offert au public des deux côtés du Rhin dans leur langues respectives, mais il traite du texte profondément allant allant à la source-même.

Régis Campo aborde dans Quai Ouest, dédié à son père, diverses techniques de composition, résumées comme «cinématographique». Cependant, son langage musical n'est pas à proprement parlé de la "musique de film"; Campo est allé plutôt rejoindre musicalement la riche imagination de Koltès. La musique d'un opéra exprime généralement tout ce qui n'est pas dit sur ​​la scène et non indiquée par les mots et la mis en scène.

Régis Campo et ses librettistes ont divisé leur travail en trente séquences. Beaucoup d'entre eux sont des récitatifs accompagnés où la frontière entre récitatif et aria est floue. Les chœurs sont rarement utilisés, mais dans des moments cruciaux. Le compositeur rend hommage à la tradition de l'opéra, et en même temps dans de nombreux détails, se distance de lui, comme par l'utilisation de bruit orchestré: le bruit de la ville et de la route de terre, une sorte de "son naturel" contemporain.

Benoît Walther


28/09/2014

Opéra du Rhin : le goût du risque (vidéo 3 min) - info.arte.tv - 28 septembre 2014


La création de "Quai Ouest" à l'Opéra National du Rhin

C'est une création mondiale, et il y en a peu chaque année, en plus, c'est une coproduction franco-allemande, alors raison de plus pour en parler : le 26 septembre, c'était la première de "Quai Ouest" à l'Opéra National du Rhin de Strasbourg.
Il s'agit d'une adaptation de la pièce de Bernard Marie Koltès, un auteur qui s'est fait connaitre dans les années 80 pour son travail avec Patrice Chéreau notamment. "Quai Ouest" a été co-produit avec l'Opéra de Nuremberg où l'oeuvre sera donnée après Strasbourg et Mulhouse. Lionel Jullien et Elsa Kleinschmager étaient à la générale, ils ont rencontré le compositeur de l'oeuvre, Régis Campo, ainsi que le librettiste et metteur en scène, Kristian Frédric.

Opéra du Rhin : le goût du risque
(vidéo 3 min)


28 septembre 2014

27/09/2014

Quai Ouest à l'Opéra du Rhin avec Musica: embarquement vers l'infini - lafleurdudimanche.blogspot.fr

Quai Ouest à l'Opéra du Rhin avec Musica: embarquement vers l'infini

On connait l'univers de Bernard-Marie Koltès et ses personnages à la marge. Pour la création de l'Opéra "Quai Ouest" par Régis Campo découvert à Strasbourg ce samedi* à l'occasion de Musica nous avons fait un beau voyage avec de magnifiques interprètes.
L'ambiance de perdition, renforcée par les décors virevoltants et nous faisant perdre le nord - un peu trop beaux même, et la violence contenue, explosant à la fin, nous a mené sans perdre haleine tout au long de cette pièce où l'on ne voit pas passer les quatre-vingt minutes qui nous font explorer cet univers de docks sombres et habités par une étrange population. Les magnifiques choeurs de l'Opéra national du Rhin - invisibles mais fortement présents - ajoutent à l'irréalité de l'ambiance et les accords de guitare lancinants ponctuent ce western de l'ère moderne.

La Fleur du Dimanche 



posté le samedi 27 septembre 2014

26/09/2014

"Quai Ouest" à l'Opéra du Rhin Par Denis Becker - France 3 Alsace - 26/09/2014 |


"Quai Ouest" à l'Opéra du Rhin


L'Opéra National du Rhin propose à partir demain "Quai Ouest", une création mondiale qui raconte l'histoire de personnes en retrait des codes de la société. Une oeuvre qui rend hommage à Bernard Marie Koltès, cet ancien élève du Théâtre National de Strasbourg.

Un hangar désaffecté sur les bords de l'Hudson River. Un no man's land mouvant et sombre où vient s'échouer Maurice, un homme d'affaires déchu.
L'arrivée de Maurice vient bouleverser l'équilibre de ces limbes peuplées de marginaux. Ces âmes errantes monnaieront avec le businessman leur ticket de sortie vers un ailleurs fantasmé. A n'importe quel prix.

Une fable violente et désenchantée. Il aura fallu deux ans de travail à Régis Campo pour composer cet opéra fidèle à l'oeuvre de Bernard Marie Koltes. Une langue dure, lapidaire mais poétique qu'il a fallu circonscrire et respecter.

Avec cette création mondiale, l'Opéra du Rhin rend un bel hommage à Bernard Marie Koltes. Elève aussi brillant que ténébreux du TNS en 1970.

Par Denis Becker

Publié le 26/09/2014 | 11:18, mis à jour le 26/09/2014 | 19:12

http://france3-regions.francetvinfo.fr/alsace/2014/09/26/quai-ouest-l-opera-du-rhin-558956.html

08/09/2014

Le compositeur Régis Campo, le metteur en scène Kristian Frédéric avec son assistante Florence Doublet discutant avec Marcus Bosch, le chef d'orchestre de Quai ouest
Opéra national du Rhin, septembre 2014, Strasbourg

06/09/2014

"Rencontres Régis Campo" Propos recueillis par Marguerite Haladjian - Opéra Magazine n°98 - septembre 2014




Rencontres
Régis Campo 
Création à l'Opéra Nationale du Rhin
Le 27 septembre, à Strasbourg, le compositeur français propose son deuxième opéra, Quai Ouest, d'après la pièce de Bernard-Marie Koltès, en coproduction avec le Staatstheater de Nuremberg

Après les Quatre Jumelles "opéra bouffe" d'après Copi, créé à Nanterre, en 2009, vous donnez, avec Quai Ouest, votre deuxième ouvrage lyrique. Que représente pour vous la composition d'un opéra ?

J'ai attendu d'avoir fait mes armes et d'acquérir beaucoup de thermiques dans mon propre style, pour aborder de nouveau ce genre. Une oeuvre pour la scène est à la fois l'aboutissement et la synthèse de l'expérience musicale, et, dans le me^me temps, son éclatement dans une forme originale. Il faut avoir un instinct théâtral sûr et aimer raconter une histoire. Je cherchais un livret qui me stimule, je voulais me confronter à l'écriture d'un opéra d'envergure, explorer le domaine de l'orchestre, et surtout du chant.

C'est la premi§re fois que l'une des pièces majeures du dramaturge Bernard-Marie Koltès est adaptée à l'opéra. Comment votre intérêt s'est-il porté sur Quai Ouest, une oeuvre qui offre un reflet de nos peurs et de nos manques?

La proposition du sujet de Quai Ouest m'a immédiatement interpellé. La force de cette pièce m'a offert la possibilité de lui donner une texture sonore dans un temps musical qui s'écoule selon le mouvement continu du théâtre. L'action a pour cadre le quartier à l'abandon d'une ville portuaire, séparé du centre-ville par un fleuve. Dans un hangar désaffecté de l'ancien port se jouent la vie et la mort de sept personnages, dont le destin est précipité par l'intrusion de Maurice Koch, qui va dans cet endroit hors du monde pour mettre fin à ses jours. Cette tragédie, non dépourvue d'ironie et d'humour, est proche de ma sensibilité.

Comment avez-vous travaillé à partir du texte très dense de Koltès, pour concevoir votre ouvrage en vue de la scène lyrique ?

Avec Kristian Frédéric - qui signe également la mise en scène - et Florence Doublet, les auteurs du livret, nous avons respecté l'écriture de Koltès, aucun mot étranger à la pièce n'a été rajouté. Tout en conservant sa structure, nous avons été contraints de faire une découpe chronologique selon les exigences qu'imposent les codes de l'opéra. J'ai souhaité être fidèle a la simplicité du langage koltèsien, a sa musicalité singulière, à son immense poésie.

Comment avez-vous traduit musicalement l'univers tragique de Quai Ouest, qui oscille en permanence
entre ténèbres et lumière ? Quelles couleurs vocales et instrumentales avez-vous retenues ?

Cette tragédie a une dimension sacrée, elle ouvre sur une vision vers l'au-delà. J'ai voulu recréer, en musique, l'équivalent de ce monde rituel de la mort. J'ai essayé d'explorer tout le potentiel que suggèrent les multiples registres de la pièce. Mes options musicales sont en étroite relation avec chaque situation pour renforcer l'unité dramaturgie de l'opéra, en évitant toute emphase, tout sentimentalisme pour aller à l'expressivité la plus épurée, afin que ma musique soit liée intimement au souffle du texte. 
J'ai composé un opéra en trente séquences, qui restituent le caractère cinématographique et la vitesse du temps narratif de l'action, ainsi que celui, plus statique, des monologues. J'ai écrit des récitatifs ou des ensemble pour les sept chanteurs, qui racontent chacun leur vie selon l'ironie tragique de Koltès, dont je me sens proche. J'ai retenu trois voix féminines - une colorature, une soprano, et un mezzo -, et quatre voix masculines : un contre-ténor, un jeune ténor, un baryton et une basse. Dans la fosse, une grand orchestre privilégie un certain scintillement sonore, avec un pupitre important de percussions, deux guitare électriques et deux synthétiseurs. l'orchestre soutient la voix et fusionne avec elle, mais sans jamais la couvrir, pour préserver la beauté simple du texte. L'opéra s'achène sur une chant lent et dépouillé, porté par le choeur recueilli.

Propos recueillis par Marguerite Haladjian

Opéra Magazine n°98 - septembre 2014