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23/10/2014

Comte rendu, festival. Strasbourg, Musica - Quai Ouest par Pedro-Octavio Diaz - classiquenews.com




Comte rendu, festival. Strasbourg, Musica. Les 26,17, 28 septembre 2014. Goebbels, Lindberg, Manoury…

Quai Ouest



Formidable entrée de Koltès sur les planches de l’opéra ! Quelle idée surprenante et heureuse. S’il est évidemment dangereux parfois de faire appel directement au théâtre pour des livrets d’opéra, et que cisailler dans une pièce est quasiment de l’ordre du sacrilège, c’est avec l’expertise et l’équilibre qu’une création telle que Quai Ouest a recolté tout son succès. En tout cas la pièce de Koltès est d’une force noire impressionnante, faisant appel aux plus basses passions et aux sentiments morbides et glauques, l’argument nous interpelle même avec son voyeursime et la brutalité de ses appels à l’amour pulsion et à la mort au cœur de la souillure.

Malgré le sujet sombre,  la production de Quai Ouest est brillante. La mise en scène de Kristian Frédéric a compris finalement, par son parti pris, que le véritable protagoniste de Quai Ouest est le décor.  En effet, par des effet grandioses, le décor immense des docks, des entrepôts et des quais va et vient sur scène, nous opprimant et nous invitant à participer à cette cérémonie de mœurs qui ressemblent tant à celles que les médias divulguent sur les banlieues. Nous avons été conquis par la puissance de cette mise en scène subtile dans la brutalité de ses couleurs, déclinant à merveille les nuances de nuit.

La musique est tout aussi splendide, avec des rappels de modernité éclatante avec même une guitare électrique dans la fosse et des pages orchestrales d’une rare beauté. Régis Campo signe une partition riche, forte, avec une série de rappels à différentes inspirations mais avec une homogénéité originale et un très beau traitement du lyrisme et surtout un dessin quasiment au lavis des chœurs, une très belle idée. Malgré quelques longueurs vers la fin, avec un trio de femmes interminable et un chœur de fin en filigrane qui casse l’émotion finale, nous sortons avec une appréciation très positive de cette musique riche, élégante et à la noirceur voluptueuse.

L’Orchestre Symphonique de Mulhouse et la direction de Marcus Bosch déploient efficacement les couleurs de la partition de Régis Campo, comme des grandes ailes sur les longues pages orchestrales et comme des estocades effilées et brillantes dans les airs et les récits.

Côté voix, la palme revient incontestablement à Julien Behr. Ce jeune ténor, un peu palot dans la Ciboulette de Reynaldo Hahn à l’Opéra Comique, nous éblouit dans le rôle de Charles. Avec une amplitude impressionnante il incarne à la perfection ce rôle torturé.  Face à lui, la découverte de la production fut la jeune Hendrickje van Kerckhove en Claire, touchante, un véritable rayon de lumière dans ce monde de brume. En personnage douteux, l’époustouflant Fabrice di Falco en Fak nous démontre que la voix de contre-ténor peut être très inquiétante dans ses lignes et couleurs interlopes. Et Marie-Ange Todorovitch, splendide en Cécile, personnage torturé et tortueux, en grande forme elle est épatante.  Tout comme Mireille Delunsch qui puise dans tout son registre pour donner une force manifeste à Monique.

Hélas, nous avons été déçus par la mollesse de Paul Gay en Maurice, on ne sent aucune nuance et surtout aucune implication scénique. Décéption partagée par le Rodolfe de Christophe Fel, dont le surjeu nous étonne et handicape lourdement la lecture du personnage.

Quai Ouest a remporté le pari de l’audace. L’Opéra National du Rhin et son directeur Marc Clémeur, montrent à nouveau l’exemple de l’excellence, de l’originalité.

Par notre envoyé spécial, Pedro-Octavio Diaz

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